Bordeaux Primeurs mode d’emploi

Que de commentaires, que de rumeurs entendues sur les Primeurs de Bordeaux. Méthode originale de fixation des prix pour les uns, arnaque des Châteaux ou écran de fumée pour alimenter la spéculation pour les autres, opération de com surement ; bref, les Primeurs occupent la scène médiatique, aussi je voulais y être.

Durant une semaine du mois d’avril, l’Union des Grands Crus de Bordeaux, organisateur de l’événement qui regroupe 134 Châteaux, fait déguster dans les propriétés les vins non-finis en cours d’élevage à un public de professionnels (courtiers, négociants, importateurs, cavistes, acheteurs et médias) – 6500 invités attendus –qui les évaluent. L’occasion aussi d’échanger sur les tendances du marché et d’avoir une orientation sur les prix d’une marchandise qui ne sera livrable que dans 18 à 24 mois. Normalement le prix des bouteilles en primeur est de 20 à 30% moins cher que le prix du marché, mais ce n’a pas été toujours le cas- rappelons les décevants millésimes 2012- 2013. Chat échaudé craint l’eau froide !

Difficile de comprendre le rôle des primeurs si on n’a pas une certaine connaissance de la place de Bordeaux, me dit Bernard Brun, courtier en vins assermenté, vous avez les courtiers, au nombre d’une cinquantaine sur la place qui mettent en relation les Châteaux et les négociants ; ils rédigent les bordereaux – les bons de commande- et sont rémunérés à hauteur de 2% par le négociant.

Les centaines de sociétés de négoce, de toutes tailles, achètent les vins, parfois les mettent en bouteille, les stockent et alimentent le marché kolossal, mondialisé, des vins de Bordeaux : 640 millions de bouteilles vendues en 2015. C’est le négoce qui a fait le succès mondial des vins de Bordeaux, surenchérit le négociant Daniel Vergely, de la maison Cuvelier&Fils.

Comprenons-nous bien, c’est le Château qui a les cartes en main ; il fixe le prix de la bouteille et les allocations, c’est à dire les quantités qu’il s’engage à fournir à tel ou tel négociant. Rien n’est caché, ni le prix de vente ni la marge du négociant (12 à 15%sur le prix de revente). Evidemment, les négociations sont ardues sur les allocations : j’en voudrais 10% de plus ! Désolé, mais tout est réservé.

 

Là réside l’un des talents du bon négociant : avoir ses entrées dans les Châteaux les plus prestigieux et surtout les plus vendus. A fin avril, on connaîtra les prix ; pour l’instant, c’est l’optimisme qui prime avec ce beau millésime 2016 surtout en rouge ; il faut calmer les envies de hausse de propriétaires en leur signalant que les anglais ont perdu 15% de pouvoir d’achat à cause du Brexit, c’est là mon rôle de courtier. Sociétés fermées, entre-soi ? La place de Bordeaux a toujours été solidement critiquée pour son manque d’ouverture ; j’atteste que le renouvellement générationnel est en cours avec la rencontre de Thibaut Quemener, un jeune finistérien diplômé de Kedge Business School, négociant chez Samazeuilh.Mon collaborateur et moi sommes en charge du développement d’une activité de négoce au sein d’un groupe plutôt orienté production (château Boutisse et château Recougne), bien implanté chez les cavistes ; nous souhaitons leur proposer une gamme plus étendue de propriétés ; pour cela il faut que j’obtienne des allocations de grands crus classés, voilà mon challenge !

Oh là là, je m’aperçois que je ne parle alors que business ! Le splendide château Carbonnieux  est l’hôte des grands crus classés de Pessac Léognan et Graves ; autant dire que le parking était plein à craquer avec plusieurs centaines d’invités –dégustateurs. Nous sommes accueillis par l’illustre famille viticole Perrin, Éric, Christine et Philibert pour la branche bordelaise, Nicolas pour la branche rhodanienne et provençale – Eh oui, le château Miraval associé à Brad Pitt- ce sont les Perrin !

Petite agitation autour du stand Pape Clément : l’accès à la dégustation n’est pas aisé, j’opte pour le blanc, servi dans une bouteille caparaçonnée de papier alu. Toute petite production proposée quand même à 130€ la bouteille pour le millésime 2015.

L’équilibre aromatique entre le sauvignon blanc et le sémillon est parfait, soutenu par une belle fraîcheur et des petites notes de grillé. Bernard Magrez est décidément un magicien !

 

Jean Philippe

 

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