Afrique du Sud#4 : chez Mullineux

Va donc passer quelques jours dans le Swartland, je t’arrangerai des rendez-vous avec Eben Sadie et sa bande des Producteurs indépendants, tu ne seras pas déçu.

Merci Denis Garret, je m’installe donc en chambre d’hôtes à Riebeek Kasteel, un charmant village et commence à arpenter des paysages vallonnés de vignes, de champs moissonnés et d’oliviers à une heure de route de Cape Town.

Rendez-vous pris le lendemain matin,

Pour participer à la vendange au domaine Mullineux & Leeu Family Wines . Chris et Andrea Mullineux est certainement le couple vedette de la viticulture sud-africaine. Lui s’occupe de la vigne et elle du vin. Ils croulent sous les distinctions internationales, meilleur vigneron de l’année 2016, tandis qu’Andrea vient d’être sacrée meilleure vigneronne du monde 2017 par Wine Enthusiast Magazine. L’un et l’autre ont fait leur apprentissage viti-vinicole en France et aux Etats-Unis.

Chris, la quarantaine, me fait faire le tour du domaine dans son pickup 4×4 en compagnie de son labrador. Notre conversation se déroule mi en français mi en anglais, souvenir de ses mois passés en Côte Rôtie, à Bordeaux et dans le Languedoc.

Son père, médecin, lui a inculqué la science de la santé par la vigne et le vin, un héritage qu’il met en pratique tous les jours dans son domaine d’altitude de 70 ha, dont 40 sont plantés en vigne. Nous cherchons à maîtriser tous les éléments qui entrent dans la culture de la vigne ; nous avons du bétail pour produire notre compost, du blé pour le paillage des plants. Nous replantons des parcelles de fyngos -la garrigue locale- pour favoriser la biodiversité, la pollinisation et la multiplication des insectes dont se nourrissent les oiseaux.

Les labels bio ? écartés d’un revers de main

Comme pour signifier qu’il faut garder les mains libres et me montre une parcelle de chenin récemment replantée en gobelet : voyez, il n’y a pas de place ici pour faire passer un tracteur entre les rangs de vigne, on évite ainsi de compacter la terre. On cueille le raisin à maturité mais sans excès, pour éviter trop de concentration. Oui, on irrigue par gravitation, c’est nécessaire pour la santé de la plante, pas pour augmenter les rendements qui restent limités autour de 35hl à l’hectare.

Aujourd’hui, c’est une belle parcelle de shiraz qui est en cours de vendange ; Chris me montre son sol de schiste très fendu, très « Hermitage ». Je parcours les rangs vendangés à la main, bien sûr, par des femmes qui maîtrisent l’art du sécateur.

Le raisin est ensuite regroupé et transporté par camion frigorifique à la cuverie encore située à Franschhoeck, pas pour longtemps car une nouvelle cave est en construction sur place.

Nous sommes plusieurs ici à travailler sur la connaissance des terroirs et l’adéquation aux cépages. Eben Sabie fut le premier à s’être installé en Swartland, suivi d’Adi Badenhorst et d’autres ont suivi. Ces terroirs de schiste et de granit sont magnifiques pour certains cépages comme la shiraz et le chenin, mais ils conviennent moins bien au sauvignon. Vous savez, on a encore beaucoup à apprendre, notre viticulture à 250 ans certes, mais nos connaissances sont surtout intuitives, il n’y a pas eu beaucoup d’études scientifiques jusqu’à présent.
Je vois Chris jeter un coup d’œil sur son mobile, le temps de l’interview s’achève. Songeur, je le vois s’éloigner avec son labrador. Voilà un vigneron de classe mondiale qui a fait son apprentissage dans la vieille Europe ; aujourd’hui son Domaine est une référence dans le nouveau monde avec ses cuvées « terroir » : Granite Chenin, Schist Chenin ou Granite Shiraz couronnées de succès.

Message aux futurs vignerons, il n’y a pas meilleure formation que d’aller faire deux vendanges par an, l’une en hémisphère nord, l’autre en hémisphère sud.

Jean Philippe

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