Afrique du Sud#2 : le coin français

Après mon expédition chahutée au Cap de Bonne Espérance, surnommé à juste titre le Cap des Tempêtes, j’ai apprécié la conduite apaisée – à gauche naturellement- dans cette campagne si provençale autour de la ville de Stellenbosch ; nous sommes au cœur du vignoble sud-africain à une soixante de kilomètres de Cape Town. Vous découvrirez un magnifique village, à ne manquer sous aucun prétexte : Franschhoek ce qui veut dire en Afrikaans : le coin des Français. Vous visiterez peut-être le petit musée mémorial édifié à la mémoire de ces Huguenots qui prirent souche dans la vallée, il y a plus de trois siècles.

L’histoire vaut la peine d’être contée :

Neuf familles arrivèrent ici en 1688 en provenance des Provinces Unies, elles avaient fui la France lors de la révocation de l’Edit de Nantes (1685) et avaient répondu favorablement à l’appel du Gouverneur du Cap, Simon Van der Stel qui leur octroya des terres à défricher et à cultiver. Les premières fermes s’appelaient La Dauphine, Burgogne, La Bri, La Motte, L’Ormarin, la Provence, la Terra de Luc ; des patronymes toujours d’actualité qu’arborent de magnifiques domaines viticoles.

D’autres familles huguenotes virent les rejoindre et tout ce petit monde prospéra au point que 20% des noms de famille Afrikaners sont d’origine française.

On leur doit l’implantation de nos cépages et particulièrement du chenin blanc car ils étaient nombreux à venir du Saumurois. Loin de tomber dans l’oubli, Le Coin des Français est aujourd’hui le village viticole le plus huppé d’Afrique du Sud. Les restaurants et les cafés disputent la rue principale Huguenot street aux galeries d’art et caveaux de dégustation. C’est Saint Paul de Vence, ici, remarque tout à fait pertinente d’une touriste française.

La House of Wines exhibe les plus belles bouteilles d’Afrique du Sud : Jordan, Kanonkop, Keermont, Hamilton Russell à des prix souvent au-dessus des 100 Euros. Ces grands crus, appréciés localement et au Royaume Uni, sont malheureusement méconnus chez nous ; qui prendrait le risque de les promouvoir ? On m’a posé la question.

Une route magnifique, vallonnée et bordée d’eucalyptus géants

Vous conduit à Stellenbosch, avec au loin la ligne d’horizon montagneuse qui accroche quelques nuages. La capitale du vignoble Sud-Africain est une ville universitaire opulente et animée. C’est Beaune par la taille mais Bordeaux par le style, ici on fait les meilleurs assemblages m’expliqua Denis en me conseillant d’aller rendre visite à ses amis Giorgio, Père et Fils du restaurant très couru Pane y Vino et de la maison des vins Dalla Cia.

Le père, un italien au visage rubicond originaire du Frioul m’accueille chaleureusement. Dalla Cia a la particularité de vinifier et d’assembler ses propres cuvées : On trouve d’excellentes qualités de raisin de tous les cépages, ici. On achète les grappes comme le font les Maisons de Champagne.

Un précurseur qui a créé il y a 20 ans la première distillerie de grappa et qui a poussé le bordeaux style au plus haut niveau.

Ici, il n’y a pas de châteaux ;

Pas besoin d’aller chercher un faux prestige. On n’aime pas trop les médailles ni les notes de M. Parker. Giorgio me fait gouter sa cuvée personnelle, appelé très simplement Giorgio 2013, cabernet franc, cabernet sauvignon, merlot, petit-verdot. Un assemblage qui a la fraîcheur du fruit et l’élégance prometteuse d’un grand cru du Médoc. Connais-tu le pussy character ? Eh bien, ce sont les phéromones du vin qui agissent comme un puissant aphrodisiaque ;le pinot noir est connu pour concentrer ces phéromones, comme la truffe blanche d’Italie ; goûte-moi donc ça. Je deviens tout à coup très complice avec Giorgio, à nos âges tous les moyens sont permis !

Jean Philippe

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